Reprise : premiers enseignements

Voici un trimestre que j’ai repris la danse, après 40 ans d’hibernation. Entre craintes et espoirs, douleurs et plaisirs, voici quelques leçons que je tire de ces premiers nouveaux pas : si elles peuvent servir à d’autres revenants ou convaincre des frileux, tant mieux.

 

SacDeDanseLR

Viser haut

Il ne s’agit certes pas de s’imaginer qu’on va concourir à Lausanne dans la variation du cygne noir. Mais garder sa lucidité ne signifie pas non plus se convaincre qu’on ne peut plus rien parce qu’on a franchi la trentaine, la quarantaine, la cinquantaine (mon cas), voire davantage.

Bien sûr, on est rouillé, on a perdu sa souplesse, une partie de son en-dehors et beaucoup de sa capacité à mémoriser les enchaînements, parce qu’il faut déjà se rappeler comment on réalise chaque pas (ça donne quoi, déjà, sissonne – passé – assemblé ?).

Mais si on ne récupère pas son niveau de pré-professionnelle ado, les progrès sont rapides et réels pour peu qu’on investisse suffisamment d’énergie et de foi dans sa passion.

Vous constaterez de plus que certains réflexes ne se perdent guère : les professeurs n’ont pas besoin qu’on leur dise si on a déjà dansé ou non. Les bases du placement demeurent.

De même, viser haut signifie rechercher des cours exigeants et ne pas se contenter du fitness à prétention vaguement chorégraphique si on a envie de renouer avec la qualité et l’exigence, au moins comme objectif. Quoi de plus déprimant que renoncer « parce qu’à notre âge…  » et on n’est pas là pour déprimer, n’est-ce pas ? Alors on se cherche un cours adulte de bonne tenue et cela existe !

Vous n’imaginiez même pas remonter sur les pointes ? Eh bien pourquoi pas ? Vous verrez que nombre d’adultes débutantes débrouillées ou en reprise revêtent leurs chaussons de satin avec plus ou moins de bonheur, mais souvent de manière très satisfaisante. Il convient alors de suivre un cours consacré spécifiquement aux pointes pour se réapproprier la technique sans blessures.

Gérer le choc du miroir

Se retrouver en collant et justaucorps à 50 ans, même quand on est de la catégorie « mince » en ville est assez traumatisant : avec votre brave 38, vous avez l’impression de vous être muée en baleine boudinée et maudissez la vendeuse qui ne vous a pas dissuadée de choisir des fines bretelles. D’autant qu’autour de vous, les apprenties aussi (voire plus) avancées en âge arborent pour la plupart des silhouettes davantage conformes aux standards du ballet. Vous investissez donc dans les shorts, corsaires et leggings de chauffe les plus fins et gainants, au moins autant pour cacher la misère que pour préserver vos articulations (qui en ont un réel besoin).

Eh bien vous voilà enfin avec une bonne motivation pour changer cela et les moyens de le faire. Car c’est aussi parce qu’elles dansent que vos condisciples ont cette allure.

Le placement aidant (on remonte la taille, on gaine, on serre les fesses !), les séries de petite batterie également (voilà du bon entraînement fractionné). vous allez voir que vos vains efforts passés pour mincir vont trouver tout à coup un effet inespéré.

Et croyez-moi, pour regarder mes camarades évoluer dans les exercices par groupes, il est infiniment plus agréable à l’œil averti de voir danser une dame potelée placée comme une danseuse et maîtresse des bases techniques qu’une sauterelle molle du bassin, cou en avant, fesses sorties et pieds en fer à repasser.

Se donner les moyens

Comme dans toute activité physique, on notera qu’une seule séance hebdomadaire ne suffit guère à retrouver rapidement des sensations et des capacités satisfaisantes. Le rythme qui permet d’accumuler les bienfaits de l’entraînement est au minimum de deux séances convenablement réparties dans la semaine.

Lors des premiers temps de la reprise, il peut du reste être raisonnable de s’en tenir à ce programme, que l’on enrichit volontiers par la suite. Si, si, on regagne rapidement en endurance !

Pourquoi pas alterner un cours classique (barre et milieu) avec un autre type de discipline ? La barre au sol est un atout majeur pour récupérer le travail musculaire et le placement propres à la danse classique. A condition toutefois que ce travail soit encadré de main de maître et les bons cours en la matière ne se trouvent pas à tous les coins de rue, loin de là. Une bonne barre au sol est certes un exercice austère, mais d’une efficacité incomparable et elle constitue à mon avis un bon test de motivation.

Enfin, quoi qu’on choisisse, il va de soi qu’un cours de danse classique ne saurait être productif si on n’y sort pas de sa zone de confort.

Savourer la cure de jouvence

Se remettre au ballet, c’est oser se réconcilier avec la jeune fille que nous avons été et que les diktats d’une société jeuniste nous ont convaincue d’étouffer en nous. La danse est une exultation du corps, malgré la contrainte et la difficulté.

A mesure que l’on retrouve un peu de fluidité, ne serait-ce que par intermittence, sur quelques pas correctement exécutés, qu’on se laisse porter et galvaniser par la valse qui rebondit sous les doigts du pianiste, on sent s’épanouir cet émerveillement qui nous avait saisie petite fille et qui nous tenait si fort. Tombé, pas de bourrée, pirouette, relevé…

Et l’on se surprend à retrouver, même hors studio de danse, l’envie de dégager le cou, de veiller à remonter sa taille et ouvrir le buste, de se sentir suspendue par un fil. Bref : de danser sa vie, mue par une énergie nouvelle.

À vos chaussons et bonne classe !

© Marie-Pirouette

 

 

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s