Heurs et malheurs d’amateurs : Je suis nulle en pointes

Tu t’étais pourtant juré de mettre la gomme sur les pointes cette semaine / ce mois-ci / cette année. Mais tes voûtes plantaires lâchent lamentablement, tu te hisses péniblement sur les plateformes au prix d’une flexion des genoux et ne parviens jamais à les tendre sans te retrouver sur l’arête inférieure de ces quelques centimètres carrés du chausson d’où tu es supposée briller de mille feux. Quant aux relevés à partir d’un seul pied, ils te réservent une cuisante déconvenue à chaque tentative. Mais comment donc font les autres ?

Je serais très malvenue de prodiguer le moindre conseil technique, mes propres réalisations en pointes étant encore fort balbutiantes depuis mon retour à la danse. Je me demande tous les jours comment cette prouesse qui consiste à danser sur ces engins pouvait me sembler à ce point aller de soi quand j’avais 12 ou 13 ans.

En revanche, pour ne connaître que trop bien les affres de cette pratique, les complexes et découragements qu’elle peut engendrer, je me sens légitime de témoigner de mon cheminement depuis trois ans et d’évoquer les changements qui m’ont permis de timides progrès : si cela apporte quelque réconfort à certaines, j’en serai ravie. J’ai présumé le genre féminin de mon alter ego en pointes : même si l’on compte quelques rares messieurs au cours de pointes, la pratique demeure essentiellement l’affaire des danseuses.

La nature est une mère injuste

Dame nature ne t’a pas dotée de pieds souples et cambrés ? Eh oui, la vie est cruelle. Oui, ce sera plus dur. Non, l’angle naturel de ton pied avec le sol ne te facilitera pas la montée complète sur la plateforme de la pointe : c’est la triste réalité.

Mais certaines ballerines, et non des moindres, ne sont pas nées avec des pieds de rêve. Un bon pied de danseuse est d’abord un pied bien travaillé, en pointes comme en demi-pointes. Donc : il faudra juste mettre les bouchées doubles. Non, les produits miracles n’existent pas : lâche ce foot stretcher avant de te ruiner les tendons et les articulations. Oublie aussi les pieds sous le radiateur.

Tu n’aurais pas visé un peu raide pour les cambrions ?

Si tu ne fais pas partie des heureuses élues au cou-de-pied ravageur, il faudra renoncer aux semelles destinées à cette élite, du moins jusqu’à ce que la force de ton pied vienne à bout des cambrions fermes.

Ces chaussons de dureté moyenne avaient pourtant l’air bien pour toi à l’essayage… Pourquoi semblent-t-ils trois fois plus rigides une fois en cours ? Eh bien parce qu’on n’essaye en général pas ses chaussons en faisant des séries de sous-sous ou de pas de bourrée dessus-dessous/dessous-dessus.

Autant te mettre à l’aise : je suis si bien passée par là que je me proclame volontiers experte en paires de pointes trop dures. Accepter qu’il me fallait des chaussons de fillette débutante à mon âge canonique a marqué le début d’un frémissement de progrès, après 3 ans passés à maudire à la fois (ou alternativement) mes gènes, mes chaussons et mon irrémédiable nullité, tout en multipliant les vains achats de nouvelles pointes. En cela, les fausses vieilles débutantes, celles qui ont dansé dans leur prime jeunesse, pourront avoir plus de mal à faire le deuil des acquis passés, a fortiori s’ils étaient relativement solides.

Bonne nouvelle : désormais, chaque occasion de danser sur tes pointes sera seulement très éprouvant, donc dans l’ordre des choses, et non une séance masochiste de disqualification systématique et un traumatisme sans cesse renouvelé. Tu pourras donc enfin augmenter l’usage habituel de tes chaussons de satin, au-delà des résolutions de rentrée, et envisager ainsi des progrès aussi convoités qu’inespérés.

Oublie un peu tes pieds !

Tu as entendu moult professeurs, danseuses, copines de cours expliquer que les pointes sont d’abord affaire de placement du corps ? Ce n’est pas un mantra pour se donner l’air expert, c’est une réalité.

Plus on a de mal à se tenir sur sa plateforme et plus la tentation est grande de peser de tout son poids sur ses pieds pour dompter ce cambrion récalcitrant. Et chaque fois qu’on le fait, c’est invariablement en s’écrasant sur son bassin. Eventuellement aussi en fléchissant les genoux afin de mieux peser sur ces pieds qui ont tant de mal à s’arquer. Allège, allège, monte les lombaires, les dorsales aussi, encore, encore. Ne lâche pas !

J’ai pu en faire l’expérience récente, à chaque fois que je me trouvais un peu à la limite de mes moyens : ce pas si difficile (enfin pour moi) passait tout de suit mieux lorsque je ne cédais rien au fameux auto-agrandissement et, à l’inverse, les ratés s’expliquaient presque tous par un tassement de la colonne.

Encore faut-il ne pas se laisser obnubiler par ses pieds et chevilles au point d’en oublier le reste. Curieux conseil pour qui veut travailler ses pointes ? J’en découvre comme toi les pouvoirs, avec le même étonnement. Un ou deux cours particuliers ou en tout petit effectif peuvent constituer un investissement décisif. Par exemple auprès de Lorena :

http://lorenadanseacademy.com/enseignement

Eh bien dansez, maintenant !

La suite, c’est le volume. Il faut en passer par là. Si tu es désormais chaussée à ton pied et quelque-peu confortée par la sensation nouvelle de suspension au-dessus de tes orteils, alors il reste à danser. Danser sur pointes mais aussi sur demi-pointes, sans oublier un peu de barre au sol : tout sera bon pour progresser en pointes dès lors que tu intégreras ces dernières à un planning de danse fourni et régulier.

Après trois années de pointes décourageantes, une augmentation subite et très conséquente de mon assiduité au studio de danse en cette rentrée 2020 m’offre enfin des progrès modestes mais incontestables.

Je m’avoue favorisée en ce moment dans ma pratique de danseuse amateure par un allègement momentané de mon agenda professionnel. Je sais à quel point il est difficile d’arracher au quotidien le temps et l’énergie nécessaire à notre passion. Si ta vie professionnelle et familiale te donne un peu de respiration même temporaire, si tu peux mettre à profit un congé, alors fais-toi plaisir : aide-toi, Terpsichore t’aidera.

Marie-Pirouette
© Christine Reynaud

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