Heurs et malheurs d’amateurs : rêve de variation, variation du rêve


Olesya Novikova dans la Variation du Rêve, ma version de référence pour mon travail sur cette pièce divine du répertoire

Les émotions du danseur classique amateur ne sont pas faits que de vilains complexes, mais aussi de beaucoup de rêves et de joies. Parmi eux, le Graal est de pouvoir aborder une œuvre du grand répertoire : petit ensemble ou variation.
Mon fantasme le plus fou était de travailler la Variation du Rêve (!) de Raymonda. Je connais enfin le bonheur indicible de le réaliser : une première répétition en cours particulier avec Lorena inaugure un long travail sur ce joyau du répertoire.
Danser le répertoire quand on est amateur ou s’en garder ? Pourquoi pas toi ? A quand ton tour ? Si tu te poses les mêmes questions, bonne lecture !

Petit récit d’un rêve

Quand cela a-t-il commencé ? Je m’étais dit, en reprenant la danse, que je me garderais du ridicule en faisant vœu de renoncement au répertoire, sagement cantonnée aux exercices du cours. Alors ? Quelle mouche m’a piquée ?

La Variation du Rêve n’est pas ma première incursion dans le répertoire depuis que l’idée saugrenue m’est venue de refaire de la danse. J’avais préalablement opéré un « passage à l’acte » avec l’entrée du pas de trois de l’acte 1 du Lac des Cygnes, en compagnie de mes condisciples Marine et Jean sous la houlette patiente de Lorena, fin 2019. Notre travail, interrompu par le confinement, tente de reprendre non sans mal compte tenu des contraintes individuelles et conjoncturelles.

Une fois transgressée la première barrière, la tentation était très forte de passer à la variation…

Le chemin plus que la destination

Pourquoi diable m’attaquer aux trésors du répertoire quand je ne connais trop bien mes limites sur les pauvres exercices du cours ? J’ai réellement évolué sur ce point.

Oser aborder les grandes variations me semblait d’une extraordinaire prétention lorsque j’ai repris la danse. J’étais, je le pense, obnubilée par une question de niveau, de « dignité à danser » qui, finalement, relève davantage de l’amour-propre que de se jeter dans la bataille avec l’enthousiasme de la fillette qui s’essaye aux pas de Giselle.

Lors des cours collectifs habituels, à mesure que je suais avec plus ou moins de succès sur mes dégagés, mes pas chassés ou mes piqués arabesque, je retrouvais tout le vocabulaire des variations. Les jolis enchaînements concoctés par nos professeurs ne manquent pas de me rappeler ici un instantané de Raymonda, là un fragment de La Belle au Bois Dormant, et là encore une réminiscence de Paquita. Quiconque pratique la danse mesure chaque jour davantage, dans l’humble exercice du studio et même à la barre, le continuum qui unit les ronds de jambe en l’air du cours quotidien et Odette contant son triste sort à Siegfried.

Car il s’agit bien de travail et non de performance scénique, de cheminement et non de résultat. De même que l’obscur travail de contrôle des descentes de pointes lors des cours prépare à la Variation du Rêve, cette dernière est le plus beau des prétextes à approfondir ce travail, à le mettre en situation dans un enchaînement long, où il convient de garder la concentration, veiller sans relâche à son placement, anticiper la coordination bras-jambes…

Je ne me fais aucune illusion sur la qualité du résultat que je suis susceptible d’atteindre. Mais quel bonheur de s’employer sur des musiques et des chorégraphies aussi somptueuses ! Le répertoire permet en outre de travailler des aspects du ballet que l’amateur a peu l’occasion d’aborder en cours : l’occupation de l’espace, les grands déplacements, mais aussi tous ces pas de transition quasiment « marchés », ainsi que les épaulements, ports de tête… C’est enfin une occasion de découvrir le travail sur les styles historiques et géographiques qui marquent les ballets et leurs interprétations.

Travailler une variation, c’est d’abord développer des sensations, qui nourriront par retour le labeur ordinaire des cours. Cette première session avec Lorena sur la Variation du Rêve me montre que c’est un excellent moyen de débloquer certaines inhibitions, de trouver les clefs de certaines difficultés grâce à la cohérence chorégraphique des enchaînements.

J’ai préparé ma première séance afin d’arriver en connaissant à peu près la chorégraphie. Un cours particulier est un luxe : autant ne pas griller ses cartouches à l’utiliser pour un travail de mémorisation que l’on peut faire dans son salon devant Youtube. Il est nettement plus passionnant de réserver ces temps précieux avec le professeur pour aborder tout de suite le travail technique et artistique. Mon principal souci sera de trouver les conditions matérielles adéquates pour travailler seule selon les indications reçues lors de la dernière répétition.

Comme une évidence

Et la variation du Rêve ? Ne pouvais-je me contenter d’une pièce plus facile ?

Je crois qu’elle s’est imposée à moi. J’ai toujours été subjuguée par cette variation, en premier lieu pour sa musique, son violon méditatif ou rêveur, ses envolées. La chorégraphie, dans ses diverses variantes, donne réellement à voir la musique : la danseuse semble suspendue entre ciel et terre. Je dois dire qu’Olesya Novikova, dans cette version de La Scala, porte au plus haut point ce prodige.

J’avais proposé à Lorena une liste comportant nombre d’objectifs plus modestes. Mais son incroyable intuition lui a soufflé que mon rêve était la variation du même nom et m’a encouragée à suivre cette inclination. Je ne saurais trop la remercier de m’avoir incitée à donner corps à mon rêve.

Je ne sais encore où me mènera ce travail tout juste entamé, à quel point je vais pouvoir m’approprier tous les pas. Peu importe car une chose est sûre : j’en apprends déjà énormément. Je n’hésiterai pas à interrompre le cycle des cours si je piétine, à passer à une autre variation plus abordable. Quitte à remettre ensuite sur le métier mon ouvrage !

A qui le tour ?

As-tu, toi aussi, quelques pièces du répertoire qui te hantent ? Une envie brûlante de goûter au travail du répertoire, à la mise en place d’une variation, d’un petit ensemble ? Une petite voix te dit « ce n’est pas pour toi » ? Pourquoi la laisser te priver d’une expérience aussi porteuse d’enseignements et de bonheur ?

S’il n’est pas encore opportun de se jeter sur les variations les plus indansables qui font le pain quotidien des concours et galas, d’autres pièces plus accessibles te font de l’œil. Certaines, moins virtuoses sont parfois aussi riches d’art et fort gratifiantes : variations moins connues ou moins reprises de nos jours, solos des seconds rôles ou tableaux de petits ensembles, à envisager avec les copains du cours. Une bonne occasion de parcourir le répertoire en vidéos et de parfaire sa culture chorégraphique !

Quels sont tes envies de répertoire ? Pour quelles raisons ? N’hésite pas à partager tes rêves les plus fous en commentaire !

Marie-Pirouette
© Christine Reynaud

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